Le Coming-Out en Afrique, on en parle ?

Une amie me disait récemment, « je pense que tu devrais à tout le monde que tu es gay ». Ma réponse ? « C’est pas parce que j’ai fait mon Coming-Out auprès de toi, mon amie, que je dois le dire au monde entier. »

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Coming-out by Udel

Certes, durant l’année écoulée, plusieurs célébrités se sont illustrées par leur sortie du placard. Ca sert à la cause. Merci à elles. Mais tout le monde n’a pas besoin de le faire. Quoi ? Vous pensiez quand même pas que tout le monde devait venir au devant des médias non ? Si ? Laissez moi donc vous expliquer.

Arrêt historique : Le coming-out a été imaginé, comme un moyen d’émancipation, en 1869 par l’Allemand Karl Heinrich Ulrichs. Réalisant que l’invisibilité était un obstacle majeur pour changer l’opinion publique, il recommanda aux homosexuels de faire leur coming-out. Personnellemet, je dirais que c’est le fait de revéler publiquement ce qui jusque là relevait de la sphère privée.

Stop différentiation : L’outing est un « coming out » mais, à la différence de l’acte volontaire et personnel qu’est le coming out, l’outing désigne l’acte de révéler qu’une personne est homosexuelle sans son accord. Vous avez suivi l’affaire Philippot en France toute cette semaine non ? C’est l’exemple parfait de l’outing. Et croyez moi, il vaut mieux qu’il arrive quand vous avez déjà au moins passé l’étape UNE du Coming Out. Et là vous pourrez dire « bof », Sinon, bienvenue les plaintes pour diffamation.

Bon, je m’égare. Enfin, pas trop. Juste que cette plainte me sort de partout.

Pour en revenir au coming-out, c’est d’ABORD et SURTOUT, un processus d’acception de sa différence suivi de l’acte volontaire et personnel de le déclarer à Vénus si l’on veut. On ne se lève pas un matin pour déclarer « hé vous savez quoi ? Je suis homosexuel ». Non ! Chacune des stars que vous voyez le faire est passé au moins par l’une de ces étapes.

1.      Le coming-out en Afrique à soi.

C’est LA partie capitale du coming-out. Celle qui te permet de te reconnaitre et t’accepter comme « homosexuel », «maudit », « sorcier », « vendu », « moins que rien ». Soit tu la passe et tu en assumes les conséquences, soit tu restes dans ton placard et te morfond avec tes frustrations.

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D’aussi loin que je me souvienne, il m’a fallu pas moins de 6 ans de doute, de remise en questions, d’interrogations, de tentative de suicide pour accepter mon homosexualité. Si en 2005, j’ai pu mettre un nom sur mon orientation sexuelle, ce n’est qu’en 2011 que j’ai finalement laissée tomber les masques.  Ce grace à Marcel, un gay à qui je serai éternellement reconnaissante. Il m’a tiré par la main, montré le chemin qui conduit à l’acceptation de soi. Il m’a enseigné l’amour et le dépassement de soi, la quête perpétuelle de l’excellence. « De telle enseigne que tes détracteurs, à défaut de t’aimer, seront obligés de te respecter. Car quoi que tu fasses, les gens parleront toujours en mal de toi. L’essentiel c’est que tu sois en paix avec toi-même. »  Je ne dirai pas qu’aujourd’hui je me suis totalement acceptée (les murs de mon placard sont solides). Non. Disons que je me sens nettement mieux.

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Ce n’est malheureusement pas encore le cas pour des milliers de LGBT africains. Si oui, le coming-Out en Afrique se fait dans le cercle associatif car une fois à l’extérieur, chacun revêt son masque (hétéro tombeur, homme marié, famme mariée, …). Trop de préjugés, trop de corollaires. La simulation, malgré ses conséquences, est un sur abri.

2.      Le Coming out en Afrique à la famille

Il n’a jamais lieu. Pour moi et autour de moi en tout cas. C’est toujours l’oncle, la tante, le voisin du cousin, l’amie de la mère qui vous a aperçu dans un coin sombre avec une fille louche, dans un snack réputé gay ou avec une bande d’amis aux moeurs douteuses; Un flagrant délit de relation sexuelle rendu possible par une porte mal ou pas du tout fermée; Une ex qui a mal digéré votre séparation et vous le fait savoir par le biais d’une confidence au plus sévère et homophobe des membres de votre famille; Des fois aussi, il nous arrive de mal choisir notre confident familial.

Ces outing conduisent dans la majeure partie des cas à un conseil de famille, extraordinaire. Votre tante avec laquelle vous ragottiez la veille se transforme en requin, toutes dents dehors, en quête de vérité qu’ils soupçonnait et dont ils attendaient confirmation. Que vous acceptiez (ce qui n’est jamais arrivé) ou refutiez (toujours), vos proches ne vous regarderont plus JAMAIS de la même manière. Si oui, après de loooongues années de mise en quarantaine.

L’issue du conseil de famille est fonction du poids du porte-feuille monétaire,  des convictions religieuses et des « relations » de votre fratrie. Une chose est sure, vous y retrouverez le reniement, la mise en quarantaine (maison, école, argent de poche,…), l’éloignement (ce qui arrive souvent aux enfants de « riches »), des séances d’exorcisme, des consultations psychologiques et la dénonciation à la police. Les miens m’ont renié. Ma camarade de combat a subi des séances d’exorcisme pendant un an.

Faut pas tout diaboliser. Des fois quand même, on trouve des parents hyper ouverts. Comme celui-là qui offrait un siège aux courtisanes de sa fille. Mais ceux là, ils constituent 0.00001% de la population africaine.

Cette étape a une incidence CAPITALE sur le futur immédiat de tout LGBT.

3.      Le coming-out en Afrique au cercle amical et professionnel

Il est utile à la cause. C’est celui qui donne des modèles positifs aux frileux et aux haineux. Cependant, c’est l’étape à passer quand on a pris l’assurance sur son avenir. Vous savez, quand vous êtes certains que quoi qu’il arrive, votre avenir professionnel n’en pâtira point (revenus, promotions, carrière,…).

Au bearceau de l’humanité, c’est encore et toujours, pour la plupart des cas, le fait d’un outing. Le scénario est le même que celui de la famille. Mais ici, les issues possibles sont … différentes.

Option 1 : le traitement singulier. Personne n’aborde le sujet avec vous. Vous constatez juste un changement subtil dans les habitudes de vos collègues. Une sorte de mise en quarantaine, comme si vous étiez subitement devenu contagieux. Pourtant rien n’a changé en vous. C’est juste eux. Soit vous abandonnez (démission), soit alors vous êtes licenciés (option2). Il est difficile d’évoluer dans un environnement professionnel malsain.

L’option 3 : victime de chantage sexuel de la part de votre supérieur hiéarchique. Vous savez, la refoulée qui n’arrivait pas à se trouver de plan Q s’abreuve avec l’avantage de la livraison illimitée et atemporelle et la garantie de l’anonymat. Personnellement je vous l’avoue, j’aimerais bien l’expérimenter. Cependant, pour avoir vu un de mes proches en être victime, ce n’est pas une partie de plaisir.

En tout cas, quelque soit la suite que l’on donne à l’étape 1, elle est toujours suivie de conséquences dont l’ampleur démeure inconnue. Et pour les affronter, il faut du courage. Je n’en ai pas encore assez malheureusement pour me dévoiler à vous.

Je vous laisse donc en compagnie de cette vidéo du jeune Connor Franta que j’ai trouvé … Emouvante.

Bon week-end.

Miaouuu…

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RectoVerso

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Le blog d'une femme noire, africaine et lesbienne. Les "titres" changent notre perception d'autrui. Donc permettez moi de rester anonyme. #LGBT #HumanRights

5 réflexions au sujet de « Le Coming-Out en Afrique, on en parle ? »

  1. J’ai eu un ami en Afrique qui étáit homosexuel, il n’a jamais eu besoin de faire son coming out, tout le monde le savait, point.
    Par contre, au Brésil, une de mes meilleures amies est venue vers moi pour faire son comming out, parce qu’il y a aussi le soucis de savoir si les amis accepteront cette différence. Je l’ai su avant sa famille, parce que ses parents revaient d’un beau mariage pour leur fille avec un jeune blanc riche de la ville (celui-ci était son petit ami depuis des années).
    Mais, ce que je voulais vraiment dire ici, et là, partant de Foucoult – L’histoire de la sexualité & Surveiller et Punir – c’est que faire son coming out constitue pour moi une autre forme de violence symbolique contre les gays. Pourquoi eux doivent-ils confesser leur sexualité publiquement? Nous les heteros passons -nous une bonne partie de notre vie à chercher comment annoncer notre orientation sexuelle aux autres?
    Je suis vraiment contre la nécessité de faire ce coming out… mais enfin, ce n’est qu’une lecture 😉
    Continuons d’essayer de changer l’Afrique …

    1. Exactement Serge. Je suis totalement contre cette pratique. Les hétéros n’ont pas besoin de faire leur coming-out. Quand ils sont en couple, ils présentent leurs compagnons et pis c’est tout.
      Exactement ce que je m’attelle à faire. Tu m’invites, si elle est disponible, je l’amène. Sinon, je viens seule et je n’ai aucun compte à rendre à quiconque.

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