Regards croisés sur les relations intergénérationnelles saphiques

 Comme chez les hétérosexuels, les relations intergénérationnelles s’observent de plus en plus dans la communauté homosexuelle. Le temps d’une soirée, j’ai invité deux de mes amies à partager leur avis sur la question.

Conversation sur les relations intergenerationnelles

Conversation sur les relations intergénérationnelles © theacademioflife.com

Mélodie,

Je suis tombée sous son charme un après midi pluvieux. J’attendais désespérément un taxi sans parapluie. Comme un don du ciel une voiture m’accosta… Elle était belle et ne faisait pas son âge -quarante-trois ans murmura-t’elle entre deux sourires-. Aux SMS polis et savamment rédigés, des mots de désirs voluptueux prirent place. Elle était mon refuge, mon havre de paix. Avec elle le temps  pouvait  s’arrêter, ne comptait que la profondeur des ressentis. J’étais éperdument amoureuse d’Elle. Amoureuse de celle pour qui aux yeux  du  monde je ne serai que la nièce ou la fille de la copine!

10, 15, 20 ans! C’est le pont qui me sépare d’elles. D’une autre génération elle sont. Tous les protocoles sociaux nous séparent sauf… les battements assourdissants de ce fameux coeur sourd, aveugle et très têtu. Ce coeur qui ne pense pas et qui se fiche pas mal des normes sociétales. Ne dit on pas que l’amour n’a ni frontières  ni couleurs  encore moins d’âge ?

Cette idée malgré  moi me tue, me destabilise. J’aspire à  un avenir fleuri au bras d’une  femme qui m’accompagnera dans ce dessein. Je ne peux le faire qu’avec une de ma  génération, le besoin d’établir un équilibre, un cercle d’échange et non une colonisation mère-fille est plus fort. A ses yeux je ne serai jamais que son « bébé  » lorsque je voudrais être sa Partenaire. Certes je recherche une oreille compréhensive à mes caprices, je voudrais aller à son école de la sagesse mais nos affinités controversés et contraires poussent à une inevitable conclusion: nous ne voyons pas la vie du même oeil. Elle écoute peut être du Pharell Williams, bouge au son de Flavour et m’accompagne sur les pistes de  Taylor Swift mais dans son for intérieur elle s’accommode à mes petits plaisirs et là surgit  une question : la réciproque  est-elle vraie ?  Devrais-je taire mes rêves au nom de l’amour ? Au nom du désir d’être choyée, dorlotée? Voilà  ma crainte et mon coeur  qui continue  à  battre la chamade au son de sa voix, un dilemme cornélien !

Alice,

C’était un soir de 2006. J’assistais à un représentation. Elle l’organisait. C’était la première fois nous nous parlions, la énième nous nous croisions. Elle m’a offert un verre. Je lui ai offert un poème. Un mois après le début de nos rencontres secrètes, entre deux gémissements, de ceux qui vous font promettre la lune dans votre intimité, elle me déclarait qu’elle pouvait être ma mère. Pouvait. Pas était. Je n’y ai vu aucun inconvénient. Ni pour elle. Ni pour les quatre qui ont par la suite partagé un bout de ma courte existence.

Elles m’appelaient « mon bébé », me passaient tous mes caprices ( oupresque). Me couvaient comme mère poule couve ses poussins. Je ne manquais pas d’attention ni d’espace lorsque j’en avais besoin. Les scènes de jalousie se faisaient rares comme l’eau au Sahara mais surtout l’expérience et la maturité acquises face aux réalités de la vie étaient inestimables.

Aujourd’hui, je vois plus loin que quelques nuit volées. J’aspire à introduire la femme qui partage mes nuits autrement que comme ma tante éloignée ou ma cousine. Je souhaite profiter de l’insouciance que me permet mon âge (virées nocturnes, quelques excès et flirts par ci par là) sans avoir à user de l »influence de  Tata » pour me sortir du pétrin ni lui expliquer indéfiniment pourquoi je préfère me déhancher sur du Serge Beynaud. Dolly Parton, Don Williams et autres Aretha Franklin étant pour moi des musiques d’écoute.

Mais à chaque fois que j’ose une relation générationnelle, la sensation de vide est plus importante que la plénitude que j’ai dans une relation intergénérationnelle. Crises, caprices, précarité, instabilité, incertitudes…

Il m’est bien arrivée de tomber sur une de ma génération dont la maturité était sensiblement supérieure à la moyenne et inversement. J’ai malheureusement l’impression qu’elles étaient l’exception plus que la règle. Ou alors ma notion de maturité est biaisée par mes multiples expériences, accentuée par l’absence d’une mère depuis ma tendre adolescence.

Je suis consciente qu’á un moment donné il faudra bien choisir elle et moi. Mais d’ici là, well, que vive l’amour et les femmes.

Dédé,

Une  femme! Une femme  pour pouvoir  enfin  vivre ce désir brûlant que je taisais en moi, cette relation prohibée, « vomie » dans mon pays. Sophia était une jeune fille chez qui jai déposé les clés de mon coeur. Elle incarnait l’objet de mes rêves et de mes fantasmes. Nous nous sommes aimées. Passionnément. Du moins, je l’ai aimée. Car alors que je lui ouvrais mon cœur,  j’étais  contrainte à vivre une passion  secrète, un amour caché. Il fallait pour les normes de chez moi que Sophia ait une « couverture ». Le « boyfriend » de circonstance s’est magiquement métamorphosé en amant fougueux. Sophia avait  prêté le flan et le boyfriend  n’eut eu aucune hésitation à me traîner devant  les tribunaux pour pratique d’homosexualité. De l’obscurité la plus totale mon histoire, ma personne est devenue le credo des différents  canaux d’information. Mon passé exposé, mon présent jugé et mon avenir transpercé! Merci au soutien inconditionnel de mes proches qui   sans lesquels je ferais aujourd’hui partie des statistiques des criminels de genre.

Donc lorsqu’Alice évoque « Crises, caprices, précarité, instabilité, incertitudes »,  je comprends parfaitement sa/ses réticences à fréquenter une fille de notre génération. Cependant, un peu de lucidité et de réalisme ne nous feraient pas de mal.

Je suis une rescapée de la fougue et des caprices post- puberté mais je persiste à croire que malgré le nid doré que semble offrir une relation intergénérationnelle, mon quotidien et mes centres d’intérêts n’ont rien à voir avec ceux d’une femme d’un certain âge. La sensation de coucher avec ma « mère » est plus pesante que l’indescriptible orgasme féminin. Outre le fait que les ouï-dires collent des motivations ésotériques à leurs orientation sexuelle. En plus, je doute fortement qu’elles puissent tenir, physiquement, sur la durée.

En conclusion, matin, midi, soir, dans les rêves comme dans les cauchemars, mon âge -5 < mon âge < mon âge +5 est mon domaine de définition.

Un avis à partager sur les relations intergénérationnelles homosexuelles ou hétérosexuelles? Laissez-vous aller dans les commentaires.

Miaouuu!

 

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