Je suis lesbienne et je m’intègre

Coucou.
Je m’excuse pour le retard accusé par ce billet. Imputable au sujet ce billet d’ailleurs. Je m’excuse également auprès des miens. Ce sujet fait TOUJOURS l’objet des discussions qui se terminent la plupart du temps en queue de poisson. Ceci étant dit…

Il y a une semaine environ, j’ai eu envie d’aller prendre un pot avec des amies. Le genre de pot où tu as vraiment envie de t’éclater après une semaine chargée comme wôrô-wôrô sur autoroute.
L’une d’entre elles me dit qu’elle sera accompagnée. Aucun problème lui réponds-je. « Plus on est fous, plus on s’amuse », dit le dicton.
À l’heure du crime, nous nous rejoignons à quelques mètres du snack ciblé par mes complices, histoire d’élaborer un scénario (consommation, conduite, restrictions) pour la soirée.
Ma première impression sur la « compagnie » de ma pote n’est pas bonne. Surtout pour le lieu choisi. Sentiment confirmé lorsque l’on se fait refouler à la porte du snack pourtant vide à travers les vitres fumées. Insolite. Cela ne m’était JAMAIS arrivé.
En réponse au V formé par mes sourcils, le portier dirige son regard vers l’amie de ma pote et nous répond: « Vous n’êtes pas en règle Madame. »
Histoire de vous mettre en contexte : comment peut-on se vêtir d’un jean taille genou dévoilant un short délabré surmonté d’un teeshirt qui semble avoir été ramassé dans la première friperie pour se rendre dans un lieu à l’enseigne duquel il est clairement marqué « chic »? Si on n’a pas les moyens, faut dormir. La vie du dehors c’est pas pour rienneuses.

Sauf que comme pour beaucoup, la raison est ailleurs.

– Tu vas à la carrière ?

– Non.

– Pourquoi es-tu ainsi vêtue ?

– Parce que je suis Yossi.

– Et…?

C’est comme ça on porte non.

Ok mais tout le temps ? N’est-ce pas souvent dans un cadre précis ?

Il faut que je passe sur le marché tantine.

Le seul marché sur lequel tu passeras, c’est sur celui des clichés et de la stigmatisation ai-je eu envie de lui répondre. Il y a certaines qui se plaisent à ce look. Chacun ses choix. Raison pour laquelle mon billet s’adresse à celles/ceux qui découvrent leur homosexualité. Il y a de nombreuses questions auxquelles j’aurais aimé moi avoir des réponses.

Il n’existe pas une seule gay attitude et surtout, vous n’avez pas besoin d’afficher votre orientation certainement pas par mimétisme et encore moins par ignorance. Pas au XXIe siècle. Je le disais encore dans ce billet. Et ce n’est pas une question de Yossi/Butch vs Feminines.

Mais pour ce faire, il est important de comprendre certaines notions élémentaires.

1. Chacun des états dans lesquels nous vivons est régi par des lois sur l’homosexualité

Au Burundi, une loi du 22 avril 2009 sanctionne l’homosexualité de deux ans d’emprisonnement. Au Tchad, l’article 361 bis du projet de nouveau Code pénal pénalise l’homosexualité de peines pouvant aller jusqu’à 20 ans. En Gambie, en 2014, une loi a considérablement renforcé les peines sanctionnant l’homosexualité avec l’emprisonnement à perpétuité. Au Nigeria, la loi du 14 janvier 2013 interdit « les unions homosexuelles et sanctionne toute personne qui participe à des sociétés ou organisations pour personnes homosexuelles ». En Ethiopie, les relations homosexuelles sont punies d’une peine de 15 ans d’emprisonnement. Au Libéria, un amendement constitutionnel adopté en 2012 interdit constitutionnellement le mariage de personnes de même sexe. Au Cameroun, l’homosexualité est passible de six mois a cinq ans d’emprisonnement via l’article 347 bis du Code Pénal. Des propositions de loi sont en étude au Au Burkina Faso (13 février 2015), en République démocratique du Congo (décembre 2013). – Cf Cartographie juridique de la situation des personnes LGBTIQ en Afrique de l’Ouest francophone.)

Laissons administrateurs et avocats discuter de la légitimité de ces articles et des vices de forme propres aux arrestations. En attendant, il ne sert a rien de se mettre inconsciemment en danger sous le prétexte qu’on est minoritaire.

2. Les milieux sociaux que nous fréquentons ont des codes de conduite garantissant (ou non) le bien de tous

Si le propriétaire d’un snack (exemple parmi tant d’autres) demande de se conformer a un dress-code, faites-le. Ce n’est pas un complot contre vous (nous). C’est la règle de l’établissement. Quand bien même ces règles auraient été rédigées à notre encontre, conformons nous d’abord avant de réclamer de possibles améliorations/changements. Nous minorités, avons souvent le don de piétiner les règles et crier après plus que les pleureuses aux veillées mortuaires toute forme de harcèlement/violation/stigmatisation .

Photo cc Oeil d'Afrique
Yossi propre sur lui (c) Oeil d’Afrique

Ne confondez pas mon propos. Je ne dis pas de cacher ce que l’on est. Mais d’être soi tout en respectant les règles en vigueur dans nos pays. Les centres LGBT des différents pays tiennent des causeries éducatives à ce sujet au moins une fois par mois.

Etre gay / lesbienne… c’est comme posséder une voiture et la conduire sur une autoroute. Tant que chacun respecte le code de la route, personne ne viendra le cogner (en principe). L’autoroute, c’est la société dans laquelle nous vivons. La voiture, c’est notre orientation sexuelle. L’expression de genre, c’est la tolerie et tous les artifices externes sur notre voiture. Le code de la route, ce sont les points 1 et 2 et leurs variantes. En attendant la création et l’indépendance un pays entièrement gay (dont on aura vite fait le tour), merci de nous conformer.

On sait que l’on sera des éternelles victimes du délit de faciès et l’intimidation mais avant assurons nous d’éviter de de renforcer les clichés et l’image négative que la société porte sur nous.

Minoritaires mais pas Marginaux!

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RectoVerso

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Le blog d'une femme noire, africaine et lesbienne. Les "titres" changent notre perception d'autrui. Donc permettez moi de rester anonyme. #LGBT #HumanRights

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